Pièges à éviter

Aujourd’hui, sous prétexte de préoccupations paritaires, de nombreuses entreprises initient des programmes dont les intitulés et contenus tournent autour de la question du leadership féminin. En d’autres termes, ils se formulent de la façon suivante : comment permettre aux femmes d’accéder à plus de responsabilités et comment l’entreprise doit-elle apprendre à faire plus confiance aux femmes ? Ce sont des initiatives honorables dont on pourrait penser qu’elles auraient dû exister depuis longtemps car, au moins, elles sont positives pour l’image de l’entreprise. Elles sont aussi à encourager au niveau sociétal car elles permettent d’estimer à leur juste valeur les efforts des femmes dans la société à la fois sur le plan économique, mais aussi démographique.

Pourtant, ces programmes s’exécutent avec peine. Et pour cause : d’autres facteurs doivent inévitablement être pris en considération pour que ces opérations réussissent. Ces éléments sont d’ordre sociaux et psychologiques, mais, surtout, ils engagent l’organisation de la société civile dans son entier.

  • La parité bien appliquée doit nécessairement faire appel à des mesures collectives qui, elles seules, peuvent permettre d'envisager autrement le rôle des femmes et leur apport dans la société de façon globale.
  • Parmi d'autres voies de réflexion, la promotion des femmes doit nécessairement être accompagnée d’une autre répartition des responsabilités familiales. Lorsque les hommes et les femmes travaillent à égalité, qui garde les enfants? Voilà une des questions à laquelle le France n'apporte pas de réponse satisfaisante pour la famille.
  • Accéder au leadership est facile, c’est la suite qui l’est moins ! Car rapidement, la balance va devoir pencher soit vers la vie privée, au détriment de la progression professionnelle, soit vers l'entreprise, au détriment de la vie familliale. Bref, comme le disait un ancien premier ministre "il va falloir faire des sacrifices" et les choix seront souvent douloureux et lourds de conséquences. On ne compte plus les femmes pour lesquelles une promotion est synonyme d'angoisses et de soucis : comment faire pour la garde des enfants pendant les déplacements ? Et pendant les réunions qui commencent à 19heures ? etc.

    • Le développement durable dans le monde professionnel ne saurait être initié avec succès sans tenir compte du réel rôle des femmes dans notre société, sans le leur reconnaître et sans les en récompenser comme il se doit. Outre leurs compétences égales à celles des hommes, les femmes regorgent de ressources trop peu exploitées par la société, à leurs propres détriments. Évoquons à ce titre leur niveaux de formation souvent élevés, leur persévérance, leurs capacités multitâches, l’importance qu’elles accordent aux liens humains, leurs pragmatisme etc.
    • Cette réflexion est hélas ancienne. L’application d’une politique de parité "sans dégâts", juste et conforme à la loi, simultanément dans le monde professionnel et dans l’organisation de notre société est encore bien loin de prendre forme. S’y pencher sérieusement relève encore aujourd’hui du défit et de l’innovation en termes de responsabilité psychosociale des organisations professionnelles, mais aussi en termes de projet sociétal collectif dans lequel, à mon avis, nous trouverons les solutions, à l'image des pays scandinaves qui ont su organiser la garde des enfants sans entraver l'avenir professionnels de leurs mères ni les liens qu'ils développent avec leurs pères.
    • Les rares études qui existent montrent que les effets d’une telle politique peuvent être immédiats, il suffit juste de volonté (Travail salarié, famille et santé mentale des femmes : Revue de la littérature par Francine Dufort, Santé mentale au Québec, vol. 10, n° 2, 1985, p. 64-72)

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